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Lien social et intégration

7 Décembre 2007 , Rédigé par Pasteur Christophe Deville Publié dans #Éducation

Lien social et intégration

Durkheim.jpgIl nous faut préciser que la solidarité représente un lien d’interdépendance favorisant une cohésion d’un groupe. D’une manière universelle, la solidarité peut être source d’intégration, au niveau de macro groupes, dans la mesure où elle se réfère à l’éthique: « selon quelles valeurs pouvons-nous être au bénéfice de cette solidarité » ? En tant qu’être-humains, nous sommes tous solidaires les uns des autres, pour le bénéfice de l’humanité. Nous pouvons préciser et prendre l’exemple de la solidarité nationale. Deux concitoyens à l’étranger vont naturellement (du moins, c’est ce qu’on espère) être solidaire au nom de l’attachement commun à une nation et aux valeurs traditionnelles qu’elle défend (même si les fondements de cette solidarité ne sont pas consciemment définis). Cependant, dans une logique de compétition, et plus les groupes se subdivisent selon des critères ethniques, politiques, religieux ou idéologiques, on peut s’interroger pour savoir si cette solidarité ne risque pas de devenir une source d’exclusion pour celui qui ne fait pas parti de ces groupes. Pour nous, acteurs sociaux, c’est là que cela devient intéressant. Chaque groupe (et, vous l’aurez remarqué ; nous sommes proche du communautarisme), devra tendre vers une solidarité organisée afin de lutter contre l’exclusion. Dans ce sens, celui qui se retrouve « à la marge », risque de devenir exclus de tous. Il est intéressant de voir que cela représente la problématique du moment dans les universités des Etats-Unis, où il est en vogue de classer les nouveaux venus soit dans le clan des « aliens » (des électrons libres), soit dans celui des « robots » (qui reproduisent les « habitus ») "alien or robot? Which of the two are you?". Nos choix d’appartenance, afin de faire valoir cette solidarité, dépendront donc grandement des valeurs auxquelles nous adhérons. Il est impératif de faire une distinction entre insertion et intégration. Nous convenons qu'en sociologie, l'intégration est définie comme un processus ethnologique durant lequel une personne initialement étrangère devient membre (s'intègre) dans une communauté. Admettons que cela peut s'appliquer également à un facteur confessionnel. L'intégration est opposée au communautarisme. Il est différent de l'assimilation puisqu'il ne s'agit pas de « mouler » l'individu dans un modèle social unique, mais de trouver dans le cadre public un consensus entre les différentes cultures. Mais qu'en est-il en termes d'insertion ? Intégrer, est-ce insérer ? Quel postulat pouvons-nous avoir en regardant, par exemple le modèle britannique qui mise sur le communautarisme pour favoriser l'insertion, tandis qu’en France, c’est l’inverse : on tend à briser le communautarisme afin de permettre l’insertion. Logique de ghettorisation ou logique de réseaux ?
 
 
La division sociale dans les sociétés traditionnelles et modernes
Une des idées fortes de Durkheim était que la division du travail social protège le lien social. Le rôle social des femmes est bien plus construit autour des liens interpersonnels que le rôle social des hommes. Durkheim avait utilisé, à l'époque, les données dont il disposait. Aussi, si on élargit les constats de Durkheim, tous les éléments de rupture du lien social constituent des facteurs aggravants : célibat, divorce ou chômage. La violence à l'égard de soi-même ou à l'égard des autres est donc le signe d'une déficience du lien social. Rappelons qu’à partir des années 70, on voit l'émergence d'une société beaucoup plus individualiste, au sein de laquelle les liens de proximité se relâchent. On accède de moins en moins au travail par des réseaux familiaux et de plus en plus au travers d'un diplôme, où la famille devient un cercle de coexistence moins permanent, où la compétition économique se fait plus aiguë, où l'individu qui rencontre l’échec est de plus en plus livré à lui-même, même s'il est assisté financièrement. La culture se formalise à travers diverses productions du groupe parmi lesquelles, les valeurs et leurs corollaires, les normes ; toutes deux issues d'un socle commun : les croyances collectives ou la représentation du monde. Elle permet en définitive d'orienter l'action, en lui donnant un sens. Comment, chez Durkheim, la « division du travail social » peut-elle préserver le lien social ? Dans son ouvrage[1] Durkheim fait la distinction entre les sociétés premières (traditionnelles) et les sociétés modernes (urbaines et industrielles). Pour lui, la division du travail est plus le ressort d’un phénomène social qu'économique. On aurait pu s’attendre à ce que Durkheim conclut par le manque de solidarité apparente de nos sociétés modernes, face à la forte conscience collective des sociétés premières au sein desquelles les activités sociales sont peu diversifiées. Cependant, il en vient à la conclusion inverse. En effet, cette conscience collective des sociétés traditionnelles produit des normes et détermine une culture commune dans laquelle chaque membre est enfermé. Au contraire, dans une société industrielle, salariale, la multiplication des activités sociales (la division du travail social) engendre la libération des individus qui ne subissent plus la pression du groupe. Cette montée de l’individualisme produit une liberté qui paradoxalement, engendre une interdépendance générant ce qu’il appelle la « solidarité organique ». Ainsi, les sociétés modernes sont à présent en mesure d’édicter de nouvelles lois qui vont régir ces liens.
 

[1] Émile Durkheim, « De la division du travail social », Éd. PUF, Paris, 2007.
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